Fini les faux-semblants: bannissons les processus inutiles pour sauver la transformation et l’innovation !

Dernière mise à jour : il y a 10 heures
Toujours à la recherche de ce qui mène à la transformation réelle des organisations qui veulent innover, dans ce #dessinàdessein, je me suis intéressée à :
👉 Ce que vivent les designers de produits à l’ère de l’IA,
👉 Au risque du « picking » méthodologique,
👉 A l’évolution du métier de designer,
👉 A la place de la créativité et la gestion du risque quand il faut transformer vite et obtenir à tout prix des résultats rapides.
De fil en aiguille, j’ai atterri à Saint-Tropez pour un échange avec Michael Baeyens, figure incontournable du Design en France.
Michael Baeyens est Practice Director pour les communautés Produit et Design chez eXalt. Son parcours d’ancien responsable de la stratégie et du design, notamment passé par France Télévisions, l’a mené à développer une expertise à la croisée du planning stratégique, du pilotage design et du design de produit. C’est également un conférencier reconnu en matière de transformation et d’impact de l’IA.
Je formule l’hypothèse que lorsqu’une organisation doit être transformée, les managers sélectionnent ce qui leur semble le plus accessible en prenant parfois un bout de méthode par-ci par-là sans engagement profond. Je l’ai vu avec le design, le lean et l’agile. Les managers sont souvent dans une logique de court terme en lien avec la durée de leurs mandats et cherchent des gains rapides, ce qui a pour effet de ne pas transformer durablement l’organisation, mais de renforcer les non-changements et créer de l’usure.
💡Est-ce qu’on peut vraiment produire de la transformation durable de cette manière ? Y a-t-il malgré tout des méthodes utiles ?
« Des outils ou méthodologies comme l'installation d'OKR (objectifs et résultats clés) peuvent parfois permettre d'arrêter les querelles d'ego, de structurer l'équipe ou de « casser un problème ». Cependant, j’insiste sur le fait que la réussite d'une transformation ne repose pas sur une application aveugle de la méthode, mais sur « les Hommes » et sur « le génie créatif », c'est-à-dire des profils profondément passionnés et capables de porter le changement.
Quand ce n'est plus drivé par la passion, c'est très difficile en fait de transformer une organisation, parce que les gens qui dirigent ne savent pas sur quelles valeurs s'appuyer et ne les incarnent pas ; ils n'y croient même pas.
D’ailleurs, si le commanditaire du changement lui-même ne veut pas le changement ou est asymétrique au changement, tu ne feras rien bouger. Certains dirigeants n’ont qu’un but : leur carrière. Ils gèrent les choses de manière purement opportuniste et finissent par détruire l'organisation et créer de l'entropie.
Par ailleurs, les designers ont été transformés en des méthodologistes, des facilitateurs qui font de la diplomatie au service de la communauté, ils ne sont plus du tout des créatifs capables de porter une vision ou un concept puissant.
Plutôt que de rechercher la distinction, les organisations ont glissé vers une posture où les designers ou équipes « singent » les fonctionnalités des concurrents, ce qui appauvrit l'innovation. »
💡Qu’est-ce qui freine réellement la transformation ?
« Le manque d'un véritable mindset orienté vers le risque. Aujourd’hui, il est difficile en France, dans notre culture d’accepter l'échec ou de sortir des sentiers battus et de laisser la latitude à éventuellement se planter! Cela bloque la capacité à créer de la transformation en profondeur. Le conformisme est survalorisé dans les organisations.
Les organisations s'enferment également dans des processus normés, des protocoles stricts et une verticalité pesante qui finissent par tuer la créativité et bloquer le mouvement »
💡Comment renouer avec la créativité ?
1. « Recruter et faire confiance aux passionnés : s'entourer de personnes qui sont animées par une véritable passion pour le projet, le produit ou l'entreprise, plutôt que par des logiques de carrière à court terme.
2. Accepter le risque et l'échec : cultiver une posture proche de la « culture de l'échec » (à l'instar des approches anglo-saxonnes), où l'on accepte de se tromper, de prendre des risques et de sortir des sentiers battus sans tout lisser par des protocoles rigides.
3. Faire de la place aux profils audacieux et visionnaires : intégrer des profils singuliers, capables de « pousser les murs », de bousculer les a priori et de réveiller les organisations au lieu de chercher à tout uniformiser ou à ralentir les initiatives.
4. Privilégier la qualité à l'exhaustivité : se concentrer sur ce qui peut réellement être « génial » et se focaliser sur l'essentiel plutôt que de chercher à être exhaustif en multipliant les processus lourds.
5. Garder un esprit critique et de la liberté : Éviter l'uniformisation et la surnormalisation des systèmes pour permettre à la créativité de s'exprimer pleinement au-delà des cadres rigides. »
💡 Quel type de profils faut-il pour transformer ?
« Tout dépend de l’étape de transformation!
Au-delà des aptitudes à prendre des risques, d’accepter l’échec. Si l’on est dans la phase d’initiation de la transformation je dirais un profil « fou du roi » ; les personnes qui challengent le statu quo, capables de « casser les murs » pour repousser les limites et réveiller l’organisation quand le reste de la structure n’y croit plus. Ce sont des profils audacieux et disruptifs capables de bousculer le système.
Si cette étape a été menée alors des profils de facilitateurs et de consolidateurs seront préférables pour stabiliser ce qui émerge de la transformation. Par exemple, Steve Jobs aurait épuisé ses équipes et probablement fait couler Apple s’il était encore là, mais depuis que Tim Cook a pris ses fonctions, rien de fondamentalement innovant n’a émergé d’Apple. »
💡Comment ces profils de designers des transformations devraient-ils être positionnés dans cette organisation qui doit se transformer, innover ?
« Il est parfois préférable de ne pas avoir la responsabilité hiérarchique directe pour pouvoir agir, faire émerger les choses et bousculer le système sans se heurter aux verrous bureaucratiques.
Plutôt que de rester sur de la théorie, ces profils doivent confronter les équipes à la pratique et à la matière pour les obliger à s'impliquer et à aimer le changement, par exemple en utilisant des méthodes de design ou de la création concrète. »
💡Est-ce que les design sprints peuvent être un remède à ce besoin urgent de transformer vite et d'avoir des résultats rapides ?
« Les design sprints ne constituent pas une solution miracle ou un remède durable à ce besoin urgent, bien qu'ils présentent quelques avantages temporaires
Le sprint permet dans un temps raccourci de rassembler plein de gens qui, d'habitude, ne se coordonnent pas aussi vite, évitant ainsi des longs mois de discussion. Mais il est avant tout un « ersatz », un « symptôme » d'un monde qui s'accélère, où les structures essaient de rattraper le retard face à la vitesse des petites start-ups.
Dans la plupart des cas, s’il n’y a pas de démarche plus profonde, il fonctionne jusqu'au prototype, mais une fois testé et validé, l'organisation re-rentre dans la bonne routine comme avant et hop, ça revient en arrière. Les contraintes habituelles et les silos reprennent le dessus. Même si le sprint permet de faire les choses plus vite, cela ne change pas en profondeur la posture de l'entreprise si les résistances, les a priori et les personnes ne sont pas réellement transformés. »
💡Et l’IA dans tout ça, est-ce un gadget, une menace ou un nouvel outil prometteur ?
« L'intelligence artificielle n'est ni un simple gadget ni une menace absolue, mais un outil puissant qui bouscule profondément le rôle des créatifs et des organisations.
D’abord, personnellement c’est une libération car elle décuple la capacité à produire et supprime le « goulot d'étranglement » des développeurs ou de la production technique. Auparavant, il fallait passer beaucoup de temps à concevoir et fabriquer ; désormais, ça ne coûte rien de balancer une bonne idée et de la produire immédiatement. Elle met donc fin à la valeur des « assets » classiques. Tout ce qui relevait de la simple production perd de sa valeur, désormais les machines le font à notre place.
En revanche, si l'IA fait beaucoup de choses, elle n'est pas capable d'assurer le « dernier kilomètre ». C'est là que le « génie créatif », le concept et l'esprit critique humain reprennent le dessus pour dépasser la machine et lui donner une véritable direction. »
🎨 Dans ces expériences des transformations des organisations, par le Design, l’UX, l’animal-totem retenu par Michael Baeyens est le ratel!
Pour Michael, c’est l’archétype positif de l’« hyper fâché », un profil entier! Il « n'accepte pas que l'on convienne que c'est comme ça et puis que ça ira comme ça !». Selon lui, pour réussir à faire bouger les lignes et mener une transformation, il faut incarner cette énergie de refus du statu quo, capable d'affronter les a priori, les religions corporatives et les croyances ancrées chez les gens.

💡Qu’est-ce que le ratel a à nous apprendre ?
🦡Témérité : il ne fait que 10 kilos et ne craint pourtant aucun animal. Il peut affronter des prédateurs bien plus grands (lions, léopards, hyènes) sa peau est impossible à transpercer même avec des flèches ou une machette. Elle mesure tout de même plus de 6mm d’épaisseur sur la partie autour du cou, une adaptation issue de la lutte entre congénères. Elle est tellement élastique qu'elle agit comme un véritable pyjama dans lequel il pourra se retourner complètement et rendre la pareille à son attaquant. Dans vos équipes, qui ose sortir du conformisme social et questionner le système, mettre du doute dans l’ordre établi de la routine ?
🦡Immunité : il possède une immunité naturelle contre la plupart des venins. Serpents, abeilles, rien ne l'arrête, au contraire il prend plaisir à s’en délecter, il raffole du miel. Qu’avez-vous mis en place pour vous immuniser contre le « on a toujours fait comme ça ? » et autres phrases toxiques pour l’innovation ?
🦡Habile : actif de jour, comme de nuit, l’animal possède une grande force pour creuser des terriers. Il sera capable sans problème d’utiliser des objets ou d’ouvrir des loquets qui n’ont clairement pas été conçus pour lui. Mieux, il fait alliance avec d’autres pour lever les verrous, les freins à sa quête. Quelles alliances et quelles stratégies vous aident à vous lancer dans la transformation et à ne pas revenir en arrière ?
🦡Défense chimique : il possède des glandes capables de diffuser une odeur suffocante pour repousser les intrus et calmer les abeilles. Non, je n’évoque pas de manière métaphorique les nuisances des open spaces ! Comment gérez-vous ceux qui apportent le poison à l’innovation ?
🦡Solitaire : avec de telles caractéristiques, pas étonnant qu’il préfère la solitude. Toutefois, d’après les zoos il serait réputé facile à apprivoiser, si vous ne craignez pas les risques de morsures. Quelles marges de manœuvre laissez-vous aux ratels de vos équipes pour qu’ils puissent œuvrer, sans que vous n’ayez à en craindre les morsures ?
Son intelligence remarquable et ses caractéristiques de dur à cuire font sa réputation d’animal le plus intrépide au monde !
👉Michael, quelle conclusion souhaites-tu apporter pour les designers des transformations ?
Pour mener à bien une transformation durable au sein des organisations, il me semble indispensable d’adresser les sujets suivants :
Le rejet des postures bureaucratiques et du court terme. Les transformations ne peuvent pas réussir si elles sont pilotées par des logiques de gains rapides, des « carriéristes » ou des méthodes appliquées de manière superficielle, car cela ne fait qu'engendrer de l'usure et un retour systématique à la case départ.
La nécessité d'un engagement authentique et passionné. Une transformation profonde exige que les commanditaires et les équipes soient guidés par de vraies convictions, du courage et une véritable passion pour le projet ou l'entreprise.
Le rôle clé du génie créatif face aux outils. Si les méthodes (comme les sprints) et les technologies (comme l'IA) permettent d'accélérer la production et de s'affranchir de certains carcans, elles ne suffisent pas. Le véritable levier de différenciation et de transformation réside dans l'esprit critique, la prise de risque et la singularité de profils créatifs capables de bousculer les a priori.
🤓Pour en savoir plus sur Michael Baeyens : https://www.exalt-company.com/fr-fr/design/
🤓Pour en savoir plus sur ce curieux ratel : https://www.youtube.com/watch?v=ABbhnX5FwBo
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