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Comment les expériences modifient-elles la façon dont les gens ressentent, pensent et interagissent les uns avec les autres?

Photo du rédacteur: alice langlet
alice langlet
21 sept.
12 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 sept.

Mes conversations avec David Jeanne au sujet du design transformatif ont éveillé mon intérêt pour le concept de « liminalité ». De quoi parle-t-on exactement ? Quels sont les enjeux pour un designer, un coach professionnel ou tout expert en transformation d'organisation? Comment cela pourrait-il modifier la perspective de l'efficacité en tant que Lean Six Sigma Black Belt ? Allons à la source... ou plutôt à Seattle, pour rencontrer Johan Liedgren. 


Johan Liedgren est écrivain, conférencier, réalisateur et stratège en design. Au lieu de traiter le design comme une simple façon de rendre les choses jolies ou de faire des applications plus rapides, il se concentre sur la manière dont les expériences changent ce que les gens ressentent, pensent et comment ils interagissent les uns avec les autres. 


Il est reconnu comme l'un des principaux innovateurs ayant codifié le Design Liminal en tant que méthodologie distincte pour les produits numériques modernes, les transformations d'entreprise et les expériences utilisateur.


👉🏻 Johan, comment définir ce qu'est le design liminal ? Je ne suis pas sûre que ce concept soit très connu en France ou ailleurs dans le monde ? 


« Cet instinct existe depuis depuis un millénaire : celui d’ajouter quelque chose à la dimension purement fonctionnelle du design d'un objet. Le concept en lui-même est simple : vous avez deux façons d'interagir avec quelque chose. 


La première approche est transactionnelle. Vous savez ce que vous voulez et le produit est conçu pour vous l’offrir rapidement, efficacement ,à coup sûr et sans friction. Plus la transaction est bonne, moins elle est surprenante et ambiguë. Si vous voulez connaître la météo à Paris demain matin, votre appli vous le dit sans perspective ou intention ajoutée. Ces interactions ne sollicitent ni notre être profond ni notre imagination, car elles sont prévisibles. Il n'y a aucune raison de s'y investir véritablement : on appuie sur un bouton, et le résultat apparaît. Dans une transaction, la surprise et l'ambiguïté sont donc considérées comme des échecs. À mesure que la technologie s'immisce dans une grande partie de notre existence et de nos relations avec autrui, nous courons évidemment le risque de transformer nos vies en une succession de transactions. Que deviennent alors les expériences, les questions et les frictions délicieuses qui nous rappellent que nous sommes vivants ? 


Le design liminal est un type d'engagement différent. La question n'est pas seulement quelle fonction il remplit, mais quelle partie de nous-mêmes il sollicite ? comment il peut, à travers son usage, offrir des expériences inédites qui nous mettent au défi, éveillent notre imagination et suggèrent de nouvelles perspectives sur le monde et sur nous-mêmes? 


Pour illustrer ce point, prenons l'exemple d'un livre sur Paris. Un ouvrage à vocation commerciale cherche à se vendre à des millions d'exemplaires : il identifie ce que le public souhaite savoir et le lui sert tel quel, du déjà-vu, sans la moindre surprise. À l'inverse, une œuvre comme “Paris, When It’s Naked” d'Etel Adnan s'immerge dans le quotidien de la ville. En adoptant une posture d'observatrice immobile, l'auteure décrit le ballet des habitants et les variations météorologiques au fil des saisons, s'attardant sur une foule de détails qui n'auraient jamais leur place dans un guide touristique. Grâce à ce livre magnifique, nous découvrons des perspectives inédites, une autre perception du temps et un Paris sous un jour nouveau. Soudain, un regard tout autre s'offre à vous, un regard qui ne vous réduit pas à ce que sont tous les autres : de simples touristes. Cette friction crée de nouveaux angles et suggère de nouvelles perspectives. Elle commence à créer de nouvelles histoires. 


Toutes les bonnes histoires reposent sur ce même postulat : les apparences sont trompeuses. Prenons le quai d’une gare, lieu de montées et de descentes. Au-delà de l’acte même de prendre le train, c’est un espace liminal partagé. Ce n’est ni le lieu où nous vivons, ni celui où nous nous rendons ; c’est un espace de transition, un lieu où l’on ne fait que passer. Comment concevoir ces espaces pour que les autres voyageurs enrichissent notre expérience et nous confrontent à l’inconnu ? Comment bâtir, autour du voyage, un récit permettant à chacun de participer à quelque chose qui dépasse la simple transaction, le simple fait de se rendre d’un point A à un point B ? Réunir des inconnus autour d’une telle narration crée des surprises porteuses de sens.. Dans les transactions, le sens et le récit sont clairs dès le début et ne changent jamais. Dans le design liminal, le sens et la fin du récit restent ouverts. C'est à vous de le vivre. » 


👉🏻 Selon vous, pourquoi les programmes de changement d'entreprise échouent-ils lorsqu'ils s'appuient sur des pipelines transactionnels ? 


« Ils échouent parce qu'ils n'ont jamais essayé de faire quoi que ce soit de différent. Vous devez définir un objectif liminal au lieu d'un objectif transactionnel. Si une équipe de direction reconnaît que les clients partent parce qu'un produit ou un processus a tout simplement perdu de son intérêt, il devient possible de déplacer le débat : on passe de la simple transaction à la notion de liminalité. Par ailleurs, si l'on souhaite proposer une approche différente dans un monde où la concurrence se joue uniquement sur les prix et la rapidité, les questions liées à la liminalité surgissent naturellement.

Tout repose sur un changement de la métaphore sous-jacente à nos activités. Prenons l'exemple des appels vidéo actuels via Zoom ou Teams : de nombreuses études démontrent qu'il s'agit d'un mode d'interaction déplorable. Ces plateformes ont été conçues pour transformer les réunions en transactions rapides.


Résultat : l'image est rognée, minuscule, pas plus grande qu'un timbre-poste ; je ne peux pas bien lire les expressions de votre visage ni établir un contact visuel direct, et je ne perçois ni votre posture ni vos mains. Mon cerveau, cherchant à établir un véritable contact mais manquant d'informations, tourne alors à plein régime : c'est ce qui cause la « fatigue Zoom ». D'un point de vue évolutif, le fait de ne pas voir votre corps en entier ou vos mains ouvertes pousse notre cerveau reptilien à supposer que vous cachez quelque chose ou que vous cherchez à tromper votre interlocuteur. C'est pourquoi les appels vidéo sont épuisants et engendrent cette fatigue spécifique. Voilà la réalité des réunions d'entreprise en ligne, comme si quelqu'un avait jamais souhaité une telle chose. 


Si vous remplacez la métaphore de la « réunion d'entreprise » par celle d'une « conversation professionnelle approfondie », vous pouvez y parvenir grâce à la même technologie :

  •  Vous affichez votre interlocuteur en taille réelle sur un grand écran et alignez les caméras pour permettre un contact visuel direct.

  • Vous harmonisez l'environnement visuel (fond d’écran) entourant les deux participants afin que le cerveau perçoive une présence dans le même espace physique, un espace partagé.

  • Vous cadrez l'image plus largement pour mieux voir, percevoir la posture, les mains, ce qui favorise la confiance.


Soudain, des personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent suspendues ensemble dans un espace intermédiaire et tissent un lien intense, tout en économisant des milliers de dollars en frais de déplacement. 


Toutes les expériences, y compris celles qui sont liminales, sont de nature narrative car elles se déroulent dans le temps. Elles comportent un début, un milieu et une fin. C’est précisément ce qui en fait une expérience. Si vous ressortez d’une expérience exactement tel que vous y êtes entré, celle-ci n’était que purement transactionnelle : rien à retenir, rien de nouveau à envisager. Voyez les choses comme pour un bon film ou un livre : si vous n’êtes pas surpris, l’œuvre a échoué. La surprise constitue la différence fondamentale entre une simple transaction et une expérience liminale. Nous concevons des voitures autonomes. C’est formidable ! Mais dans quel but ? Quelle est la nouvelle promesse ? Est-ce pour nous épargner la conduite ? Ou pour transformer l’habitacle en un espace propice à la lecture ou à l’intimité sur la banquette arrière ? Tout repose sur la nouvelle histoire et la métaphore proposées comme une alternative plus intéressante à ce que nous connaissons aujourd’hui. Tout cela est tout à fait réalisable, pour peu que nous le voulions vraiment. » 


👉🏻 Y a-t-il un lien entre votre définition de l'approche narrative et le voyage du héros de Joseph Campbell ? 


« Absolument. Mais attention : trop de consultants zélés utilisent ce concept sans susciter de véritable surprise existentielle ! Ils se contentent d'une simple formule, ce qui échoue systématiquement. Si l'on observe la structure de Campbell, tout commence par un héros réticent, qui ne souhaite pas endosser ce rôle. Personne n'aime un héros trop empressé. Le protagoniste cherche des excuses ; il a peur ou est accaparé par ses propres problèmes, et doit être convaincu par un « appel à l'aventure ». Cette réticence constitue la friction inhérente à la conception. Et c'est dans cette friction que réside le message. Ce héros incarne le public, qui projette ses propres émotions, peurs et rêves bien réels sur un univers, un personnage et des épreuves de fiction. L'arc narratif devient le nôtre, sans les dangers concrets qu'impliquerait une aventure dans le monde réel. Les expériences fictives procurent des émotions bien réelles. C'est là que réside toute la clé. 


Ces expériences liminales riches de sens doivent rester ouvertes et laisser à l'utilisateur comme au public la liberté de faire appel à leur propre imagination. Un auteur ou un cinéaste n'écrit que la moitié de l'histoire ; le public en écrit l'autre moitié en y apportant sa propre imagination, ses espoirs et ses craintes. Si l'on se montre trop directif, la démarche se transforme en simple transaction. L'œuvre ne doit être ni prescriptive ni moralisatrice.

Il faut introduire une forme de friction. Comme le soulignait Marshall McLuhan, la friction est le message. C'est ce heurt inattendu qui oblige les gens à cesser de regarder leurs chaussures, à prêter attention et à s'impliquer. Dès l'instant où l'on a le sentiment qu'il n'y a plus de surprise à attendre, le récit prend fin.»


👉🏻 Est-ce trop dangereux pour les managers d'organiser ce genre d'expériences liminales ? 


«Quiconque détient le pouvoir privilégie souvent les dispositifs transactionnels, car les transactions préservent le pouvoir, permettent une montée en charge aisée et garantissent la prévisibilité. Une transaction liminale remet toujours en question le statu quo.

Cependant, les transactions ne répondrent pas à nos véritables besoins humains. Comment savoir que nous sommes vivants si nous ne faisons que suivre des règles, des processus ou des plans ? La liminalité consiste à se sentir vivant grâce aux défis et au changement de perspective.


Mais l'obstacle fondamental, dès lors que l'on sort du simple cadre transactionnel, réside dans le fait que les entreprises n'ont pas grand-chose d'intéressant à dire d’authentique et de sincère. La sincérité est ici la notion clé. Vouloir simplement gagner plus d'argent, car c'est bien là tout l'enjeu, ne constitue pas une histoire très captivante à raconter. Si la question est simple, y répondre publiquement s'avère bien plus ardu. En outre, l'échelle, le volume, la répétabilité et l'efficacité sans faille propres aux grandes entreprises sont aux antipodes de ce qui nous fait nous sentir vivants et uniques. 


L'émerveillement est une caractéristique marquante d'une expérience liminale. Songez à l'astronaute Rusty Schweickart, de la mission Apollo 9 dans les années 1960, lors de sa sortie dans l'espace. Lorsqu'il a pénétré dans l'obscurité totale et a contemplé la Terre, sa vision du monde a soudainement basculé. Il en connaissait les faits auparavant, mais le fait de vivre cette expérience l'a amené à se sentir plus petit, tout en faisant partie de quelque chose d'infiniment plus vaste. C'est là tout l'effet de l'émerveillement : vos structures cognitives habituelles et votre sens des proportions cessent d'opérer. Il a pleuré à l'intérieur de sa combinaison et, à son retour sur Terre, il a quitté la NASA pour se consacrer à des causes environnementales, désormais focalisé sur l'interconnexion de toutes choses.


Lorsque votre esprit s'ouvre sous l'effet d'un sentiment d'émerveillement, qu'il soit suscité par l'espace, une cathédrale telle que Notre-Dame, ou encore un livre ou un film marquant, il ne revient pas exactement à son état initial une fois l'expérience terminée. Vous en ressortez légèrement transformé. » 


👉🏻 Pour incarner votre vision de la transformation et de la friction, quel animal totem choisiriez-vous et pourquoi ?


« Un corbeau, un renard, ou le serpent dans le Jardin d'Eden. Ce sont des figures de farceurs qui nous jouent des tours ; tricksters. [ndlr : figures de déstabilisation créative ; souvent représentées par le magicien dans les archétypes]. Et c'est ainsi qu'un designer devrait se concevoir. 


Mythologiquement, les “tricksters” créent de nouveaux mondes en perturbant ce qui est immobile, rigide et solide. Ils chamboulent le statu quo prévisible. Regardez le Jardin d'Eden comme une configuration d'entreprise : deux personnes ont tout, pas de besoins, pas de déclin, pas de choix. Parfait, mais insupportable parce que rien ne se passe et rien ne compte. Ensuite, l'ange déchu se transforme en serpent, introduit la possibilité d'enfreindre une règle et élève les enjeux. Le trickster brise l'état statique pour permettre à l'histoire, aux nouvelles opportunités et à la vraie vie de commencer. »


Tout comme dans notre échange, Johan a suggéré le serpent, le corbeau et le renard comme animaux totems, laissant l'expérience ouverte. Lorsque j'ai attrapé ma boîte de tubes d'acrylique, tous les ocres sont tombés. Était-ce un renard espiègle qui s'invitait ? Pour une fois, inspirée par cette conversation, j'ai laissé mes pinceaux décider. 


Le Renard comme figure de déstabilisation créative, par Alice Decaudin
Le Renard comme figure de déstabilisation créative, par Alice Decaudin

Qu’avons-nous à  apprendre du renard ? 


  1. 🦊 Perturber les systèmes rigides grâce à la friction productive : Le renard perturbe intrinsèquement les environnements contrôlés en traversant les clôtures et en évitant les pièges fixes, refusant de suivre des chemins prévisibles. Dans la transformation humaine, il symbolise le fait de s'éloigner des routines rigides et transactionnelles où la surprise est traitée comme un échec. En introduisant des obstacles inattendus et des perturbations subtiles, le renard force les individus à sortir du « mode pilote automatique ». Cette friction productive remet en question les hypothèses existantes et crée l'ouverture nécessaire pour un véritable changement comportemental.

  2. 🦊 Naviguer sur l'ambiguïté dans la marge liminale : S'épanouissant biologiquement dans les zones de transition entre le champ et la forêt, le renard maîtrise l'art de vivre dans les espaces « d'entre-deux ». Cela reflète le concept de liminalité, où les anciennes règles ne s'appliquent plus et où de nouveaux cadres restent à établir. La transformation exige des leaders qu'ils s'éloignent des scripts d'entreprise prédéfinis et embrassent l'incertitude. En nous attardant confortablement dans ces espaces de seuil, nous laissons aux gens la liberté d'expérimenter et de recadrer leur propre réalité.


  1. 🦊 Cultiver le désir narratif par une curiosité ouverte : Un renard atteint ses objectifs grâce à l'agilité, la curiosité et la furtivité et non par la force brute ou des mandats ouverts. Les programmes de changement prescriptifs échouent parce qu'ils retirent tous les éléments de surprise et de découverte personnelle. En agissant comme le renard, les facilitateurs ne fournissent que la moitié de l'arc narratif, laissant de la place aux participants pour écrire le reste avec leur propre imagination. Provoquer subtilement la curiosité invite les individus à résoudre le puzzle eux-mêmes, garantissant un engagement personnel plus profond.


  1. 🦊 Éveiller la vitalité humaine et l'émerveillement : Une rencontre soudaine avec un renard brise la monotonie d'un paysage, apportant une étincelle immédiate de plaisir visuel inattendu. Cela reflète l'objectif ultime du design liminal : restaurer la véritable vitalité humaine dans des environnements dominés par des KPI rigides. Le vrai changement brise les façons habituelles de voir, évoquant un sentiment profond d'émerveillement qui nous fait nous sentir connectés à un ensemble plus grand. Il garantit que les individus émergent de la transformation de manière définitivement recâblée et légèrement changée.


  1. 🦊 Le « trickster » à travers les mythologies et les organisations : Européen, nordique et Kitsune, à travers les cultures, le renard incarne le farceur agile, l’esprit malicieux franchisseur de frontières qui défie l'ordre rigide pour débloquer la transformation. Dans le folklore européen (Renart), il utilise sa grande vivacité d'esprit pour déjouer l'autorité. Dans la mythologie nordique, il fait écho à la friction de Loki qui change de forme et perturbe le statu quo. Dans le folklore yōkai japonais, le kitsune garde le seuil entre les mondes, utilisant des illusions pour forcer les humains à des moments d'éveil profond. Qui garde le seuil dans votre organisation ? Qui ouvre la porte au changement liminal quand vous, managers, demandez une transformation ?


🦊 Johan, avez-vous des conseils pour les designers ? 


«Considérez votre travail comme une activité importante. Les médecins prêtent le serment d'Hippocrate, tout comme les officiers militaires ou les policiers prêtent serment, car leur travail a des implications éthiques profondes pour autrui. Pourquoi les designers ne prêtent-ils pas serment ? En ne le faisant pas, nous laissons entendre que notre travail est dépourvu d'impact éthique, ce qui est faux. Nous façonnons littéralement une part croissante du monde qui constitue notre réalité quotidienne. Faisons en sorte que cela compte. Concevons des choses qui ont une réelle importance. C'est ainsi que nous rendrons le monde meilleur et plus intéressant.


Vous devez vous approprier votre travail, même si vous êtes employé par une grande entreprise. Si vous vous contentez d'exécuter les directives de la direction pour accélérer un processus, vous n'êtes pas un concepteur ; vous n'êtes qu'un simple outil. La véritable conception naît lorsque vous prenez du recul, que vous assumez une responsabilité éthique et que vous vous interrogez sur les métaphores et les réalités que vous êtes en train de bâtir. Tout le monde a des réponses faciles en réserve, mais rares sont ceux qui savent poser de véritables questions pertinentes. À long terme, une bonne question l'emporte sur la « bonne » réponse. » 


👉🏻 Vous avez aimé cette interview de Johan Liedgren ?

Je vous invite à consulter ces ressources sur medium.com pour en savoir plus :


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